Voile: Ce n'est pas tous les jours qu'on réécrit la légende du Rhum.
Par tOm, dimanche 12 novembre 2006 :: Voile :: #119 :: rss
Cette fameuse Une de l'Equipe, en 1978, qui installait sur son trône la reine des Transats. C'était à l'époque pour les 98 secondes de la victoire surprise de Mike Birch, sans qui les trimarans seraient restés dans les cartons aux fantasmes de doux dingues.
La nuit dernière, pour 27 minutes et 55 secondes et sur une seule coque cette fois, Roland Jourdain et Jean Le Cam ont donné au mythe un coup de jeune extraordinaire. En coupant la ligne à 1h le samedi 11 novembre, Roland Jourdain a sonné l'armistice de l'ultime suspense. Il tient enfin son sceptre au terme d'un final haletant, d'un scénario presque trop complet pour être honnête. Il l'est pourtant.

Car il y a tout dans cette histoire de 12 jours et 12 heures avec laquelle "Bilou" pousse la porte du panthéon de la course au large... et la retient pour qu'y pénètre avec lui son copain Jean. Lequel formule si bien que "pour qu'il y ait un vainqueur, il faut qu'il y ait un deuxième". Il y a tout. Il y a ce suspense des 13 dernières heures de course autour d'une Guadeloupe cruellement privée de vent. Où Roland Jourdain jetait ses ultimes forces dans un furieux combat de chasse-risées pour faire avancer tant bien que mal son Sill et Veolia, tandis que le VM Matériaux de Jean Le Cam revenait inexorablement sur lui et faisait fondre comme neige sur le pont ses 100 milles de retard de la veille. Il y a cette route du salut cherchée et trouvée aux Açores, dans une option au sud. Il y a cette bôme brisée et bricolée en plein océan par le futur vainqueur, vampirisant pour la cause l'intérieur de son bateau. Ce refus de la fatalité propre aux grands aventuriers et aux immenses champions. Cet improbable soulagement du top libérateur sur la ligne, gagnée mètre à mètre dans un grand ralenti artistique alors que l'étrave de VM Matériaux n'est plus qu'à 300 mètres du tableau arrière de Sill & Veolia! Trois cents mètres pour l'histoire du sport. Vingt-sept minutes pour faire 300 mètres... Le supplice chinois, cruel mais non létal. L'injustice qui va se rhabiller, penaude. Les ressorts de la légende rebondissent en tous sens. Deux copains, sur des bateaux jumeaux, construits ensemble. Deux héros du tour du monde en solitaire, trois avec Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) qui complète idéalement ce podium impérial. Il y a donc la fameuse glorieuse incertitude du sport. On relève en cerise sur le gâteau le record de la reine Ellen MacArthur, battu de plus d'une journée. La première grande victoire en solitaire d'un Monsieur Jourdain promu héros des houles et qui accepte avec lui son copain sur la crête déferlante des honneurs. On cherche un rédacteur pour dépoussiérer les annales de la course au large. On finit par s'en remettre à la sécheresse des chiffres. Ce samedi 11 novembre 2006, à 1 h et 58 secondes, Roland Jourdain sur son Sill & Veolia a remporté la Route du Rhum-La Banque Postale des grands monocoques Imoca en 12 jours, 11 heures, 58 minutes et 58 secondes, à la vitesse moyenne de 11.81 noeuds. Il bat le record de l'épreuve d'Ellen MacArthur de 1 jour 1 heure et 32 minutes. Sur la ligne, il a devancé son complice Jean Le Cam de 27 minutes et 55 secondes. Pour l'éternité. __ Les réactions du vainqueur et son dauphin__
Amarrés au ponton à quelques minutes d’écarts, Roland Jourdain et Jean Le Cam se sont rapidement retrouvés. Comme au café du port, ils ont commencé par refaire le fil de cette dernière journée de course. Ensuite, ensemble puis séparément, ils se sont prêtés au jeu des questions avec les journalistes. Extraits.
Roland Jourdain (Sill & Veolia) :
« Cette dernière journée était un supplice asiatique, un voyage au bout de l’enfer. En fait, cela fait 36 heures que c’est dur. J’ai une drisse qui a pété et mon gennaker est passé à l’eau. Cette dernière journée était à la fois la plus dure et la plus ridicule. J’ai douté. Il faut dire que c’est tellement tordu sous le vent de l’île. Connaissant Jean (Le Cam), je savais qu’il ne lâcherait rien. Heureusement, tout est bien qui finit bien. Je suis vraiment content de l’avoir gagnée celle-là. Le battre est important. Jean est toujours une référence. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour me reposer. J’avais un peu de travaux personnels (bôme cassée, ndlr) qui ont empiété sur mon temps de sommeil. Cette victoire est bien pour moi, bien pour mon bateau. Cela met un terme à deux années difficiles. D’autant plus que pour gagner, il faut avoir une bonne étoile, avoir un peu de réussite. Lorsque la bôme a cassé, je ne me suis pas posé de question. J’aurais pu aller aux Açores réparer, mais j’aurais perdu toutes chances de victoire. Cette bôme cassée m’a redonné de la hargne, de la motivation pour la suite de la course. L’important pour moi était de gagner une grande course en solitaire. »
Jean Le Cam (VM Matériaux) :
«C’était une super course. Il y a eu de la bagarre tout le temps. Depuis le départ, je m’oppose à ce tour de la Guadeloupe dans ce sens-là. Franchement, cela n’aurait pas été honnête que les choses ne se terminent pas comme ça. Ce scénario est parfait. Ça ne pouvait pas être mieux. Le rythme de cette course était incroyable. Il n’y avait pas de quoi s’ennuyer. Je pensais dormir quatre heures par jour, mais en fait j’ai dormi moins. Cette Route du Rhum se rapproche plus d’une Figaro que d’un Vendée Globe. Je suis heureux de finir deuxième derrière Bilou. Il faut accepter la place qu’on a. Ceux qui ne l’acceptent pas ne progressent pas. Ils sont malheureux, et donc moins performants. »
Source: site officiel







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