Voile: Maud aux portes du pacifiques
Par Team Vagueo, samedi 9 décembre 2006 :: Voile :: #194 :: rss
50ème hurlants, Cap Horn, voici des noms évocateurs. Maud Fontenoy n’était ce matin qu’à 35 milles dans l’est du rocher mythique. Ce soir, le deuxième grand cap qui jalonne son tour du monde devrait être passé et la porte de l’océan Pacifique s’ouvrir devant l’étrave de L’Oréal Paris.

Philippe Monnet, un de ses prédécesseurs sur cette route contre vents et courants, était présent à la vacation du jour pour encourager Maud et lui prodiguer au passage quelques conseils.
Le Cap Horn sera fidèle à sa réputation. Comme Richard Silvani de Météo France l’indiquait ce matin, « le vent actuellement de 15 à 25 nœuds, va fraîchir dans la journée jusqu’à demain midi et refuser dans l’ouest-nord-ouest d’où des passages au près serré. Après le Cap Horn, il y aura des creux de 6 mètres. Ce n’est pas la fenêtre la plus favorable pour passer, mais ce n’est pas la plus défavorable non plus, car les conditions auraient été pires dans les 10 jours à venir ». Voilà pour le tableau. Maud attendait ce moment avec une impatience mâtinée d’appréhension. Désormais, elle y est presque. « J’aperçois un bout de terre. Je suis à l’extrémité de l’Amérique du Sud, une côte déchiquetée parsemée d’îlots. C’est un bonheur pour moi et un peu de fierté. Je pense à tous les marins qui sont passés avant moi, j’ai beaucoup rêvé ce moment depuis deux mois et aujourd’hui, j’y suis. »

Protégée dans la cabine de son bateau où règne une température qui ne dépasse pas les quatre degrés, Maud était emmitouflée dans ses « trois pantalons, autant de polaires, deux paires de chaussettes et un bonnet ». Très loin de là, au Musée National de la Marine, Philippe Monnet se réjouissait d’être bien au chaud, lui qui connaît parfaitement les affres de ce parcours, pour avoir battu il y a 6 ans le record du tour du monde à l’envers en 151 jours et 9 heures. « Ce n’est pas un chemin facile, c’est même ce qu’il y a de plus dur à faire en voile sur la planète » commentait le navigateur. « Le Cap Horn est un passage particulier car très sud (57°). Lorsqu’on fait le tour du monde dans le sens normal, il est synonyme de la fin des problèmes. Mais dans un tour du monde à l’envers, c’est au contraire le début, car le parcours est encore très difficile jusqu’à l’Australie ».
Maud Fontenoy en est consciente. D’ailleurs, elle a décidé de ne sabrer le champagne que d’ici 15 jours, lorsque le gros caillou noir sera dans son sillage, qu’elle se sera dégagée au nord, dans l’océan Pacifique, pour éviter le plus fort des dépressions. « Fais attention, ne remonte pas trop à droite près des côtes après le Horn, les conditions y sont très mauvaises » la prévient Monnet. « Quand j’ai fait ça sur le parcours New-York – San Francisco, je m’en suis mordu les doigts pendant longtemps. »
Maud en a pris note, même si elle souhaite au plus vite se sortir de ce couloir étroit coincé entre la Terre de Feu, à l’extrême sud de l’Amérique du Sud et l’antarctique. Ce goulet dans lequel s’engouffrent les dépressions est un parfait accélérateur de vent, tandis que les hauts fonds soulèvent une mer très grosse. Malgré tout ce qu’on lui prédit et ce qu’elle pressent, la navigatrice de L’Oréal Paris avait bon moral, ragaillardie aussi par les encouragements chaleureux prodigués à la vacation, dont ceux de sa marraine Annette Roux, Présidente du groupe Bénéteau. Quelques moments émouvants sont venus ponctuer la conversation comme l’intervention de deux adolescentes de l’hôpital de Garches ou bien la chanson entonnée par les enfants de l’école de Port-Sud de Breuillet dans l'Essonne, en hommage à Maud.
Quant à Philippe Monnet, il souhaitait à la navigatrice « du courage (…) mais aussi de la patience et encore de la patience car le chemin est long ». Mais au bout de l’aventure, il y aura la récompense : « il y a des expériences qui sont uniques. Quand on arrive à la fin, on a l’impression d’avoir déjà passé une grosse tranche de vie » concluait le marin .







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