C'est un passage symbolique, un moment à la fois magique et difficile : Maud Fontenoy a franchi le Cap Horn. Il était 21H GMT, 22 heures, heure de Paris jeudi dernier lorsque la navigatrice a croisé le rocher noir, la pointe de l'Amérique du Sud, jonction de l'Océan atlantique et du Pacifique. C'est un grand bonheur et j'ai vraiment l'impression d'avoir accompli quelque chose, expliquait Maud dans la nuit qui a suivi cet instant inoubliable. Toutefois, le Cap Horn ne s'est pas soustrait à sa réputation. 45 Noeuds de vent et des creux de 6 mètres ont accueilli L'Oréal Paris.

Depuis, Maud doit affronter une succession de dépressions. Pas de répit. Elle enchaîne les journées sans sommeil. Diable qu'il est désagréable de naviguer si sud ! Le froid, les tempêtes avec violents rafales, la mer dangereuse, le ciel noir en permanence, le stress qui ne vous quitte pas, oui, j'ai vraiment le sentiment d'être au bout du monde, de passage dans un univers hostile d'où il faut que je me sauve

Maud doit être plus attentive que jamais. La fatigue s'acumulant! , le fro id étant de plus en plus mordant, je peine dans les nombreuses manoeuvres que je dois accomplir. C'est dur. Je consacre le peu de temps qu'il me reste à me cramponner et à veiller sur L'Oréal. Je rêve d'enfin pouvoir dormir un peu. La tradition veut que les Cap-Horniers - ceux qui ont passé le Horn - débouchent le champagne. Mais Maud a repoussé l'échéance, consciente que les deux prochaines semaines pourraient être compliquées à négocier.

Le problème d'un défi contre les vents et les courants c'est qu'on sort du Cap Horn après en avoir bavé mais le plus dur est encore à suivre, dans le Sud du Pacifique, observait Philippe Monnet jeudi dernier lors de la vacation radio hebdomadaire de Maud. Le marin, qui a battu il y a six ans le record du tour du monde à l'envers était venu partager son expérience avec Maud. Depuis sa cellule de vie, la navigatrice livrait une carte postale de ce à quoi ressemble un engagement dans le Cap Horn : La mer ressemble à une immense nappe de métal, on a l'impression qu'elle a été brisée de part et d'autre. Les vagues viennent se briser violemment sur la coque de L'Oréal Paris. Il fait froid, les vents sont cinglants et très glacés, sans compter l'humidité permanente.

Dans cette mer très violente, Maud doit rester constamment sur le qui vive. La température ne dépasse pas les 5° dans la cabine. la navigatrice s'accroche maintenant à la perspective de rejoindre l'éte austral, chaque jour qui passe la rapprochant de conditions qu'elle espère plus clémentes. J'ai désormais deux caps d'acquis. Je suis partie dans un challenge difficile. Depuis le début j'ai essuyé beaucoup de tempêtes. Aujourd'hui il faut assumer. Je savais que ce serait difficile et ! la route est encore longue devant moi. Il faut rester très vigilante. Dans la ligne de mire de L'Oréal Paris, il y a maintenant le Cap Leeuwin au sud de l'Australie, troisième passage symbolique sur la route de Maud Fontenoy. Mais avant celà, la navigatrice devra sortir des tempêtes qui étreignent L'Oréal Paris sans répit depuis une semaine.