C'était au début de la semaine dernière. Un message arrive sur les boîtes email de l'équipe à Terre de Maud Fontenoy. Il est écrit par un membre de la marine chilienne, chargé de scruter la mer pour permettre aux bateaux d'éviter la glace qui fend les coques. Icebergs en vue dit le message. Des blocs de glace de 100 mètres de long et 20 mètres de haut. Il va falloir être vigilante, expliquait Maud lors de la vacation radio qu'elle donnait jeudi. Les icebergs sont très nord cette année. Je ne sais pas si c'est du au réchauffement de la planète mais l'été austral est en retard. Mais ce n'est pas forcément les plus gros glaçons que craint Maud. Si ceux là sont visibles, les plus petits morceaux qui se détachent, les 'growlers' sont bien plus surnois et impossibles à prévoir. Je sens donc une nouvelle inquiétude monter en moi. Je surveille la température de l'eau et les nuits vont être longues jusqu'à ce que j'aie quitté ces latitudes dangereuses.

Dans cette semaine de ciel gris et d'eau froide, Maud a tout de même traversé un petit ! coin de ciel bleu au sens propre comme au figuré. Elle a fêté, quasiment une semaine après, son passage du Cap Horn. Au menu : Rougail saucisse - riz, le plat réunionais préféré du skipper de L'Oréal Paris. Le tout arrosé de rhum arrangé à l'ananas. A peine la tempête passée j'ai aperçu ce coin de ciel bleu, miracle au-dessus de nous. Le signal est lancé, L'Oréal Paris et moi, on fête le Cap Horn ! Et le repas s'accompagne d'une toilette... A 4°C, la température de l'eau.

Avant ce petit moment de calme, les tempêtes s'étaient succédées, 40 à 55 Noeuds de vent. Tout a valdingué à l'intérieur du bateau, de ma petite bouteille d'huile d'olive aux jerricans d'eau en passant par mes petits extincteurs et autres containeurs où sont stockés mes habits, racontait Maud. Le bateau tape si violemment dans les vagues qu'il m'est impossible de me caler dans ma couchette pour me reposer. Je dors péniblement par tranches de dix minutes.

Programme inchangé en fin de semaine : vent fort, mer déchaînée, le lot des navigations dans le Pacifique Sud. Cela n'aura pas empêché Maud d'être fidèle au rendez-vous jeudi matin pour joindre son équipe au téléphone. Au Musée national de la Marine, deux invités pour cette vacation : Jean-François Copé, le maire de Meaux et Nicolas Hulot. Le premier a exprimé son émotion, le fait de parler à Maud directement pour la première fois depuis son départ. A Meaux, il y a des difficultés comme partout en France mais il y a aussi, grâce à ce type d'exploit, une fantastique espérance. Nicolas Hulot était lui venu soutenir Maud, elle aussi engagée dans la l! utte pou r la préservation de l'environnement. La navigatrice a raconté ces déchets qu'elle ramasse avec une épuisette même dans une zone inahbitée. La planète a besoin de symboles forts comme ton défi, lui a répondu Nicolas Hulot, expliquant à Maud cette petite lame de fond qui est en train de se soulever en France pour les enjeux écologiques.

Puis Maud a pu parler aux petits aventuriers de l'école Guynemer de Meaux et leur institurice Madame Busson, ses chouchous qu'elle accompagne au plus près lorsqu'elle est à Terre. Beaucoup d'émotion dans le PC. Nicolas Hulot a alors lancé une invitation à Maud : le vin est au frais. Nous t'attendons ! J'ai moi aussi mis une bouteille de côté pour toi dans le bateau, a répondu Maud. Pour l'instant c'est sûr elle n'est pas cassée, il n y a pas d'odeur de raisin dans la cabine !