Pour Jacques Djeddi, éducateur sportif dans une maison d’arrêt, la vie s’appréhende sur le mode positif…Blessé à la jambe pendant la transat, il en profite pour remettre de l’ordre dans ses affaires, poursuivi par des requins, il se dit heureux de ses nouveaux copains. Pour ce sportif de haut niveau qui n’avait jamais mis les pieds sur un bateau, cette traversée est définitivement une aventure extraordinaire.

«Je suis vraiment heureux. Lorsque j’arrête de ramer, je ne peux pas rentrer dans mon cockpit. Je décroche les foot straps pour me détendre, je déplie mes jambes et je m’appuis contre ma cabine et là c’est magique, quel que soit le temps je profite du spectacle. Depuis quelques jours Jacques a un compagnon de route. « C’est la deuxième fois que j’ai la visite d’un requin. La première fois, il est resté plusieurs jours. Depuis hier, un autre a pris la relève. Il était superbe, il est arrivé par surprise, il est passé sous ma rame, on aurait dit un catcheur. Il était si près que j’aurais pu toucher son aileron. Au début j’ai cru que c’était une raie puis il s’est mis en bout de rame et j’ai vu sa tête caractéristique. Depuis il ne me quitte pas ». A 200 milles de l’arrivée, Jacques Djeddi est attendu en fin de semaine. Il assure vouloir suivre une route nord afin d’éviter le plateau continental. Il semble bien parti pour tenir son pari.

Didier Lemoine quant à lui est encore à quelques 400 milles de Cayenne. Sans safran depuis le 12 décembre, il ne démérite pas et reçoit lui aussi quelques invités. «Deux couples d’oiseaux viennent dormir tous les jours sur mon bateau. Le matin il partent faire leurs petites affaires puis le soir ils rentrent à la maison. Je peux les toucher si je veux, ils ne sont vraiment pas farouches. ». Didier va bien, excepté une petite frustration gastronomique. «Je n’ai plus aucune douceur. Ni bonbon, ni chocolat, ni gâteau, rien…Je ne mange plus que des lyophilisés mais le poulet et la cassolette mexicaine ne sont pas mal…». Entre deux dégustations, Didier rame encore et toujours et de préférence d’un seul bras. «Comme je veux faire du nord ouest pour bien atterrir sur le plateau continental et que je n’ai plus de safran, c’est pas facile, je suis obligé de ramer d’un seul côté».