Ivre de fatigue, je titube dans le cockpit. La barre attachée, je me laisse enfin tomber lourdement sur ma couchette. Enfin un peu de repos. C'est ainsi que Maud Fontenoy concluait hier son journal de bord. La navigatrice a enfin trouvé le temps de souffler, elle qui disait être constamment sollicitée, sans répit, depuis le passage du Cap Horn. La dépression est loin derrière, le vent n'est plus qu'un souffle nonchalant, berçant négligemment les pavillons accrochés au pataras. L'Oréal glisse comme une feuille d'automne dans le lit d'un cours d'eau. Doucement, sans inquiétude, il se laisse entraîner sans résistance par cette mer qui pour une fois semble vouloir le soulager de son poids. Changement d'ambiance à bord de l'Oréal Paris qui longe la côte sud de l'Australie. En début de semaine, Maud s'interrogeait. Etait-elle arrivée au bout de ses limites ? En proie aux vents, aux vagues déchaînées, la navigatrice souffra! it d'une tendinite à chaque bras. Le constat est dur. Centième jour de mer et quasiement la moitié en tempêtes... Sacré bilan, écrivait mardi le skipper de L'Oréal Paris.

Dans la morosité, Maud se remémore parfois des blagues de Coluche, arrive tout de même à trouver des occasions d'en rire. Et puis il y a aussi les petites satisfactions du quotidien, celles qui annoncent des jours meilleurs : une nuit étoilée, surprise au détour d'un rush sur le pont, dans 60 Noeuds de vent, alors que le monocoque lèche la mer d'un de ses flancs ; un ciel qui soudain verse dans la lumière. C'est étonnant comme, parfois, sans qu'on s'y attende, une vague de bonheur vous submerge, écrivait Maud ce samedi. Un timide rayon de soleil s'échappe victorieux des nuages. La tempête rentre petit à petit ses griffes, j'écoute Ray Charles pour me calmer, la vie ne m'a jamais semblée aussi belle. Les portes s'ouvrent à nouveau devant nous, la montagne récalcitrante laisse apparaître quelques secondes un coin de son sommet. L'Oréal et moi reprenons notre souffle. Notre horizon s'éclaircit; cap à l'ouest toute ! Le soleil en avant-première de la Terre promise réunionnaise. Le soleil tant attendu qui devrait baigner à nouveau le quotidien du skipper et de sa monture une fois passé le Cap Leeuwin.

Après Bonne Espérance et le Horn, après l'Atlantique et le Pacifique, Maud entrera alors dans l'Indien à la réputation plus clémente. Je pense - que dis-je, je rêve - nuit et jour au Cap Leeuwin : pays merveilleux où il fera forcément plus chaud, où les oiseaux chanteront et où la mer aura noyé la hache de guerre ! Mmm, la première chose que je ferai sera d'aller m'allonger à l'avant pour me lai sser picorer par ses rayons brûlants. Du rêve à la réalité : Maud devrait franchir le Cap entre jeudi et la fin de semaine si elle suit sa moyenne actuelle.

Source: communiqué de presse.