Nous sommes englués dans l'anticylcone. Mais surtout ne le répétez pas trop car les rafales risquent de nous entendre et de venir jeter un oeil. Changement de ton pour Maud Fontenoy. Après le tunnel de dépressions qui l'a prise d'assaut dans le Grand Sud, la voici scotchée dans une météo sans éclats. Premières impressions de l'après Cap Leeuwin. Dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, à minuit (23 h 00 GMT), le skipper et son bateau L'Oréal Paris ont basculé dans la dernière ligne droite de leur périple. Dernière ligne droite avant la Réunion d'où Maud s'est élancée le 15 octobre dernier.

Le passage de ce Cap est un soulagement pour Maud. La navigatrice avoue sans se faire prier qu'elle ne regrettera pas les mers du Sud et les tempêtes récurrentes qui donnent une boule au ventre. Les dépressions s'éteignant, Maud a fait de l'escalade. Direction le mât de L'Oréal Paris pour tenter de remettre en état les chariots de grand-voile défectueux (souvenez vous, Bernard Stamm a connu le même problème il y a quelques jours). La toile était coincée dans le rail qui la relie au mât : résultat, Maud ne pouvait ni la hisser ni l'affaler en cas de coup de vent.

Jeudi, à quelques heures du basculement de l'autre côté du Cap Leeuwin, Maud avait eu droit à un vant-goût du sourire réunionais qui la saisira bientôt. Le handballeur Jackson Richardson, originaire de l'île était venu l'encourager lors de sa vacation radio hebdomadaire. Il y avait aussi Gérard d'Aboville, qui, le premier, a traversé l'Atlantique à la rame en 1980. Je vois que dans la tête, tu es toujours aussi vaillante, et c’est ça le plus important. La réussite, c'est dans la tête, le tempérament, la volonté. Voilà le dénominateur commun avec une traversée à la rame, a-t-il dit à la navigatrice pour lui redonner un peu de l'énergie que le Grand Sud a dévoré.

Dès le vendredi soir, quelques heures après avoir passé son troisième Cap, Maud racontait ses nouvelles sensations, promesses d'une mer renouvelée et douce qu'elle espère bien pratiquer jusqu'au bout de son aventure d'ici quelques semaines. Cette nuit nous navigons sereinement dans le chenal de lumiere que nous offre la pleine Lune. Des nuages éteignent encore les étoiles mais une clareté nouvelle a dissipé la pénombre comme le vent éloigne des fumées noires. Protegée par l'astre laiteux, j'ai la sensation de me réconcillier avec ces heures nocturnes. Je m'imprègne de cette magie comme d'un parfum rassurant que l'on voudrait ne jamais oublier.