Voile: 60 kilos de chair contre 100 kilos de carbone
Par Team Vagueo, mardi 13 février 2007 :: Voile :: #380 :: rss
A la dérive au beau milieu de l’Océan Indien, Maud Fontenoy a désormais à faire à un nouvel adversaire de poids : une bôme de 10,50 mètres qu’il va falloir déplacer pour réaliser son gréement de fortune. 60 kilos de chair contre 100 kilos de carbone. La navigatrice va devoir redoubler d’astuce pour parvenir à mettre en place ce petit ‘mât’ de substitution qui lui permettra de reprendre sa route en direction de l’Ile de la Réunion.
Extrait de la dernière vacation de Maud
Maud Fontenoy a vécu hier une rencontre fantomatique avec le porte container allemand, l’Adélaïde Express, un mastodonte de 200 mètres venu à sa rencontre pour lui porter secours. Ce rendez-vous au milieu de nulle part s’est révélé psychologiquement déstabilisant pour la navigatrice, qui, après avoir répondu qu’elle ne souhaitait pas d’assistance, s’est demandée l’espace d’un instant si elle avait pris la bonne décision. « Psychologiquement, j’étais en piteux état ce matin. Ce cargo, avec tous ces hommes sur le pont, a fait tomber ma carapace. Mais j’ai plus que tout envie de retrouver mes amis à La Réunion. J’ai hâte de rentrer et de retrouver la terre ferme » confiait-elle à la vacation ce lundi matin. L’abattement a donc vite cédé la place à l’action.
Après avoir terminé le nettoyage du pont, évacué les restes de carbone de son mât brisé et les morceaux de grand-voile encore accrochés à la bôme, Maud Fontenoy a profité d’une mer calme pour plonger à l’eau et inspecter la coque et le safran de L’Oréal Paris. Tout va bien sous la ligne de flottaison.
La mission qui la préoccupe dès lors est la réalisation de son gréement de fortune. Epaulée par son père, son frère et par l’ancien propriétaire et skipper du bateau Jean Luc Van Den Heede, Maud Fontenoy n’en demeure pas moins seule pour mettre son chantier à exécution. Elle doit déplacer une bôme en carbone de 100 kilos et de 10,50 mètres de long – actuellement coincée dans les filières-, la ramener au milieu du bateau, la monter sur le roof, et enfin la hisser à la verticale. Par chance, Jean Luc Van Den Heede avait prévu un système, la fameuse « pièce en aluminium » évoquée par Maud à la vacation, permettant de transformer cette bôme en mât de fortune. Reste la question des manutentions… Comme elle le prévoît, cette opération sera longue et fastidieuse. « Cela va prendre beaucoup de temps, ça va se compter en journées, pas en heures. Chaque petite chose va demander beaucoup d’astuce et de réflexion pour pallier mes ‘petits bras’».
A la fois émue et galvanisée par les innombrables messages de soutien qu’elle a reçus, Maud Fontenoy souhaite plus que jamais surmonter ce nouvel obstacle : « Là, je vais essayer de manger quelque chose pour reprendre des forces, puis je vais retourner dehors, je vais m’asseoir dans le cockpit et réfléchir à ce que je peux faire. Même si c’est millimètre par millimètre, je vous promet que je vais m’efforcer de faire bouger cette bôme.»








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