Après quatre jours d’efforts acharnés, de souffrances, d’ingéniosité et aussi de doutes, Maud Fontenoy, seule au milieu de l’Océan Indien, a réussi à bricoler un gréement de fortune suite à son démâtage samedi dernier, à environ 15 jours de son arrivée à La Réunion. C’est avec beaucoup d’émotion qu’elle a pu annoncer aujourd’hui à la vacation qu’elle était enfin repartie vers sa destination finale.

« Je suis très contente car je n’ai pas chômé depuis 48 heures et j’ai enfin hissé la bôme en réfléchissant à tous les stratagèmes pour la mettre à la verticale et éviter qu’elle retombe à la moindre occasion, avouait d’entrée la jeune navigatrice jointe à 12h. J’ai hissé la trinquette il y a dix minutes et c’est très émouvant de voir le bateau avancer après ces quatre jours de galère, pendant lesquels je ne savais pas si j’arriverais à repartir. Cela m’a pris dix heures juste pour mettre la bôme à la verticale, centimètre par centimètre. »

Rappelons que la bôme de 10,50 mètres de long pèse tout de même 100 kilogrammes. La voix de Maud Fontenoy traduit les quelques larmes qui perlent sur sa joue. « Ce sont les nerfs qui craquent un peu, reconnaît-elle avec pudeur. Elle qui traite son corps de « machine qu’(elle) a poussé jusqu’au bout. » Ses mains lui font mal. Son dos aussi. Ses muscles sont meurtris par tant d’efforts. Elle a des bleus sur tout le corps à force de se cogner et une allergie aux yeux à cause de la poussière de carbone qui règne sur son grand oiseau blessé. Mais une nouvelle fois, sa détermination et sa force de caractère lui ont permis de se dépasser et de surmonter le plus dur des obstacles de son périple autour du monde.

« J’ai vécu ces trois derniers jours des expériences intenses et variées. Moi qui aime l’extrême j’ai été servie ! Entre le choc psychologique de voir le mât tomber à côté de moi, l’angoisse des coups de boutoir du mât sur la coque toute la première nuit, puis devoir envisager de quitter le bateau, ce à quoi je ne m’étais pas préparée mentalement… Et puis finalement, échelon après échelon, j’ai réussi à gravir ce long escalier en colimaçon. Mais ce n’est pas fini. Il me faut encore établir une “mini“ grand-voile pour accélérer un peu. Car pour l’instant, je n’avance qu’à 3 noeuds en route directe vers La Réunion. Ma crainte maintenant est de croiser la route d’un cyclone à l’approche de l’île, car ils sont fréquents en ce moment. Les météorologues ont annoncé des vents à 135 noeuds dans certains cyclones ! Vous imaginez ? Je crois que je ne supporterai pas… Il faut croiser les doigts et mettre des cierges pour qu’aucun ne vienne sur moi. »

Maud Fontenoy se trouve encore à 2400 milles de La Réunion. Difficile évidemment d’estimer le temps de navigation qu’il lui reste. Cela dépendra aussi bien des conditions météo qu’elle va rencontrer que de la vitesse moyenne que L’Oréal Paris sera capable de maintenir une fois sa voilure de fortune optimisé.