Ne pouvant pas s'échouer avec sa planche sur la plage, Raphaëla n'a pas hésité à se jeter à l'eau et a rejoint, en quelques mouvements de crawl, le sable fin baulois où l'attendaient Yves Métaireau, le maire de la ville. Bain de foule au rythme des percus brésiliennes, autographes, applaudissements. Ce retour « à la maison » (Raphaëla s'est longtemps entraînée sur le plan d'eau de la Baule), après avoir longé un mois durant les côtes bretonnes, et cet accueil en fanfare, ont semblé faire chaud au cœur de la planchiste. Un nouveau beau moment à inscrire dans l'album souvenirs de ce Tro Breizh.

« Il y a un peu de nostalgie à finir ce tour de la Bretagne malgré le soleil estival et l'accueil très chaleureux de La Baule car c'est une belle aventure qui se termine » , confie Raphaëla. « Il est trop tôt pour faire un vrai bilan. Mais je pense que toute mon équipe et moi, tous les invités, planchistes ou autres que nous avons eus à bord, garderons en mémoire les moments très forts et émouvants que nous avons vécus sur ce tour, dans cette deuxième partie entre Brest et La Baule, ainsi que dans la première partie entre St-Malo et Brest. Le seul qui nous aura réservé quelques surprises est le vent ! Tempête dans le début du tour, « pétole » pour la deuxième partie. »

« Décidément, c'est vraiment l'absence de vent qui me touche le plus, et toute la patience apprise dans les traversées sur les océans ne suffira pas pour me faire accepter avec sérénité la pétole ! La richesse de tous les contacts humains que nous avons eus à terre lors de toutes ces escales nous a permis cependant de compenser les frustrations de cette météo inhabituelle.

Je retiendrai l'émotion de tous ces accueils, la richesse des discussions avec les enfants avec parfois des réflexions qui vous touchent profondément, car les enfants se projettent complètement dans l'aventure. »

Retour aux sources sur le plan personnel, ce Tour de la Bretagne était également l'occasion pour la planchiste d'aller porter un message d'encouragement dans les communes littorales bretonnes, pour la protection de l'environnement et le développement durable. Docteur vétérinaire, scientifique, amoureuse de la nature, et militante, la planchiste n'a de cesse de convaincre de la nécessité de protéger notre planète en danger. « Je suis contente d'avoir pu aborder au cours des projections que nous avons organisées avec le grand public et les municipalités des sujets délicats qui préoccupent tous les acteurs locaux comme le projet d'extraction de sable de Lafarge en Bretagne sud, celui d'une ferme aquacole à Groix, le parc Iroise, l'avenir de la pêche… Il n'a pas toujours été possible d'approfondir la discussion mais on peut déjà mesurer le chemin qu'il reste à parcourir, et toute la pédagogie qu'il reste à faire sur ce thème. Le développement dur able est vraiment un engagement de tous les jours, depuis le simple particulier jusqu'à la collectivité ou l'entreprise. C'est une très longue traversée, où les moments de doute, de tempête et de pétole sont fréquents ! Mais je crois que l'enjeu en vaut largement le coup. La destination est belle ! »

Enfin, Raphaëla souhaitait, à l'occasion de ce Tour de la Bretagne, convier les planchistes, champions ou anonymes, à venir goûter aux sensations procurées par sa planche, avec laquelle elle entretient une vraie « histoire d'amour » et dont elle ne cesse de vanter ses qualités. « Elle représente la vie pour moi, quand je suis seule en mer. Je m'y sens en sécurité et en confiance », dit-elle. Atypique, avec ses 7,80 m, ses 300 kilos à vide et son « habitacle », le flotteur suscite à la fois curiosité et scepticisme chez les puristes. Et pourtant, les quelque 90 planchistes qui sont venus s'y essayer, le temps de ce tour breton, à l'unanimité, se sont dits agréablement étonnés par ses performances, sa polyvalence et sa maniabilité et d'autant plus impressionnés par la performance de Raphaëla.

Parmi les champions, on retiendra la venue d' Aurélien le Métayer, champion de France 2006 en Formula, Julien Bontemps et sa femme Irina, respectivement membre des équipes de France et de Bulgarie olympiques, Pierre le Coq, champion du monde en titre en RS :X, support olympique des moins de 20 ans, qualifié pour la 3e fois au championnat du monde ISAF, Faustine Merret, médaille d'or en planche à voile, catégorie Mistral, aux jeux olympiques d'Athènes en 2004, Damien Le Guen, double vice champion de France (formula et slalom) 16ème mondial en formula, Justine Gardahaut, issue également de l'olympisme, Kissy Sokombe, jeune voileuse bordelaise, qui se prépare pour la Solitaire du Figaro, Pauline Perrin, 3e au championnat d'Europe 2006 de RS X, l'équipe des raiders grenoblois d' < strong>Alain Gabet, Emmanuel Coindre, quintuple recordman, avec à son actif un palmarès maritime unique avec 6 traversées océaniques solitaire, sans escales, et en autarcie complète à la rame, et enfin Fred Beauchène. Une mention spéciale pour ce véliplanchiste de renom et aventurier au parcours éloquent : première traversée de la manche en 1978, premier passage du cap Horn après 200 miles dans les canaux de Patagonie en 1979, premier tractage de Patrice Martin en mono de figure derrière sa planche en 1982, première traversée sans assistance de l'atlantique nord en planche tandem en 1985, et record sur la traversée de la manche puis la Méditerranée jusqu'en Corse puis Gibraltar en moins de 24 heures en 1987. Planchiste, comme Raphaëla, de la première génération, ils ont écumé ensemble de nombreuses régates. Il a encouragé, conseillé et soutenu Raphaëla dès ses premiers pas dans l'aventure transocéanique. «&nb sp;Un homme de cœur, toujours enthousiaste et généreux », estime la planchiste, pétrie de reconnaissance. Un mot également pour Peter Lyons, ce planchiste américain de 37 ans, venu spécialement de Boston, pour suivre une semaine entière de l'aventure bretonne, et qui projette de traverser l'Atlantique nord d'ouest en est, en planche à voile. Raphaëla n'oubliera pas non plus le passage de tous les anonymes qui ont goûté, comme elle, le plaisir de naviguer sur « Mahi-Mahi ».