En effet, alors que les bateaux de l'option sud cavalent à des vitesses effrénées depuis plus d'une semaine, les nordistes n'ont pas encore goûté aux immenses surfs sur la grande houle Atlantique. Thomas Rouxel : "… depuis que l'on redescend vers des latitudes plus tropicales, on pensait enfin trouver du vent et on a toujours qu'une petite brise. Ca en devient lancinant et pénible de constater, à la lecture de chaque nouveau fichier météo, qu'on n'y aura pas le droit. Nous n’avons jamais réussi à nous extraire de la bulle anticyclonique située au nord. Nous ne pensions pas être aussi ralentis et surtout, nous n’imaginions pas que les sudistes seraient allés si vite. On a choisi une option qui paraissait évidente à Madère. Elle n'a pas payé, c'est le jeu. Mais se faire rattraper de 500 milles et en accumuler 300 de plus d'ici l'arrivée, je trouve la sanction un peu lourde…".

La déception est forcément énorme, frustrante, car Défi Mousquetaires est constamment resté aux avant-postes de cette transat et ce jusqu'au milieu de l'Atlantique. Maintenant, l'objectif numéro un est de trouver le meilleur couloir de vent pour rallier les Antilles au plus vite, et limiter l'écart temps avec les premiers. Et là encore, ce n'est pas évident. Thomas : "…on sait depuis longtemps qu'on ne pourra franchir la ligne moins de 24 heures derrière le vainqueur. Mais ca s'allonge tous les jours. Au mieux, on sera là 36 heures après, soit pour le moment dans la nuit du 14 au 15. Quant au classement, le mieux que l'on puisse espérer, c'est 10e. Mais on sait que Financo navigue très bien, alors on va se battre…".

Entente cordiale

Bien que nos duettistes naviguent désormais en cherchant à terminer la course le mieux possible, on pourrait imaginer que l'ambiance à bord ait changé de format. Que nenni. Solidaires dans l'adversité, Thomas et Erwan s'entendent toujours aussi bien. Et cette transat aura permis de resserrer les liens entre les deux jeunes marins, avec une texture particulière pour Erwan dont c'est la première traversée. Erwan Israel : "… je suis content d'être en mer avec Thomas. On a véritablement partagé tous les moments. J'ai peut-être eu plus de mal que lui à digérer le résultat de notre option nord. Aujourd'hui c'est quasi oublié. Et même si le vent n'est toujours pas au rendez-vous, le moral ne va pas trop mal.On pense fort à l'arrivée et à ceux qui nous attendent. Les journées sont cependant assez dures avec l'énorme chaleur. On attend la nuit et sa fraîcheur avec impatience…". Quant à l'avitaillement du bord, il tire sur sa fin. Thomas précisait déjà il y a deux jours qu'ils risquaient de manquer d'eau. Et comme une bonne partie de la nourriture embarquée est du lyophilisé qui se reconditionne avec de l'eau, le rationnement a été mis au goût du jour.

Erwan : "… on pique dans ce qui reste. Un bol de céréales le matin avec du lait, un lyophilisé le midi et soir et sinon, des sucreries type compote. Il reste très peu de fruits, c'est devenu notre gourmandise ! Pour la suite, on a mentalisé le fait qu'on allait probablement très peu manger les derniers jours…".